L’école de magie

Je suis peu à peu en train de quitter mon nid alors je reposte de temps en temps quelques anciens articles, pour ne pas les perdre. Aujourd’hui la merveilleuse histoire de l’école de magie !

Quand j’avais 15 ans, je me suis lancée dans une grande entreprise. Ma petite sœur adorait Harry Potter, Charmed et tous ces héros magiques et à son âge, elle avait envie d’y croire. Et moi j’avais encore plus envie qu’elle y croit !

Un jour, j’ai réussi -je ne sais plus comment- à persuader plus ou moins ma sœur que je connaissais une voyante. Une de mes amies lui a fourni un guide de “lecture de l’avenir dans les feuilles de thé” qu’elle a directement essayé. C’est à partir de cela que le monde magique de “Minerva Mc Diagonall” est né. Minerva Mc Diagonall (parodie du nom d’un professeur dans Harry Potter) serait le nom de la voyante en question. Elle serait née aux alentour de 1862. Elle dirigerait une école de divination et de magie blanche, invisible sur notre plan astral et donc sur Google Earth. L’école, située à “Poultran-Guérec” dans le Finistère sélectionnerait ses élèves par boule de voyance, détectant les personnes susceptibles de réussir dans le domaine, et sa pédagogie serait inspirée du druidisme. J’ai créé une adresse ecole_de_divination@hotmail.com de laquelle j’envoyais des courriels : analyse de lecture dans les feuilles de thé, formules magiques, newsletter de l’école.

Bien sûr, cela prenait du temps et de l’attention. Il ne fallait pas se tromper en envoyant un mail avec ma vraie adresse, ne pas faire de fautes ou commettre d’incohérence pouvant me trahir. Plusieurs de mes amies ont donc eu le mot de passe. Au début nous étions 2, puis 3, 4… etc. Parmi eux, j’avais nommé un professeur des sciences divinatoires et météorologiques, un professeur de thédomancie, un professeur d’histoire de la divination etc. Il fallait respecter le style des premiers courriels et toujours faire très attention à l’orthographe. Je préparai des courriels qui étaient envoyés par un ou une ami(e) à un moment où je n’aurais pas pu être connectée sur le net. Une lettre postale a même été écrite par une amie et postée depuis un trou perdu en France où elle passait ses vacances.

Cela me fascinait toujours car je savais que ma famille voyait ça comme un mystère amusant à éclaircir, et que ma sœur avait bien sûr renoncé depuis sa tendre enfance à la réelle existence de la magie. Le jeu pour ne pas être démasqué était vraiment très prenant. Il y eut même des fausses brochures sur l’école. Je faillit me trahir une fois ; ma soeur était dans ma chambre et l’adresse e-mail de Minerva était enregistré par défaut sur la page d’accueil d’hotmail. Heureusement, elle ne remarqua rien. Le coup de maître fut porté un jour où j’envoyai à mon père sur son e-mail un formulaire d’inscription accompagné d’une lettre expliquant les capacités exceptionnelles de ma sœur pour les arts divinatoires et l’avenir prometteur qui l’attendait. Le mail demandait également de joindre les 3 derniers bulletins scolaires et quelques autres papiers administratifs. Mon père avait répondu formellement, voulant entrer dans mon jeu, demandant des informations plus précises. Une correspondance a ainsi démarré, l’un cherchant toujours à avoir de l’avance sur l’autre. Il n’a cependant jamais envoyé les papiers que Minerva demandait. Je me serais pourtant fait un plaisir de lui envoyer par voie postale une attestation d’inscription.

Ni ma sœur et encore moins mon père n’ont été dupe de cette énorme blague et j’étais bien sûr au cœur des soupçons. Cependant, ma couvertures, mes amies-alibi, les mails envoyés en décalé ont marché. Mon père a toujours pensé que “j’étais dans le coup” mais que cela ne pouvait être moi car il y avait des incohérences de temps et de lieu dans les envois de courriers et de courriels, et surtout  “les e-mails [étaient] trop bien écrits et rédigés sans fautes d’orthographe pour que ça soit [moi].”

Mais comme tout événement qui provoque d’abord beaucoup de curiosité, Minerva finit par se faire de plus en plus rare, tout comme les réponses à ses courriels. Un message était envoyé de temps en temps pour des occasions (rentrée scolaire, anniversaire…), quelques relances d’inscriptions, la création de nouveaux cursus post-brevet ou même post-bac. Les retards de réponses étant justifiés par des problèmes de connexion internet entre le réseau du monde réel et celui du monde parallèle de l’école – les informaticiens réseau et plans astraux étant difficiles à recruter. L’adresse laissée à l’abandon reçut toutefois un message de mon père cet été “toujours vivante Minerva ?” auquel celle-ci répondit 2 mois plus tard que tout allait bien mis à part un énième problème de boîte mail disparue dans un autre monde.

Aujourd’hui Minerva ne réponds plus, Minerva a fermé l’école, Minerva ne connait plus le mot de passe de sa boîte mail. Chère Nastarane (l’amie « voyante » du début), chers amies m’ayant couvert et ayant envoyé des courriels à des heures contraignantes, ou envoyé des lettres de villes improbables, chère famille ayant joué le jeu pendant des années, et surtout chère sœur, merci d’avoir fait vivre Minerva !

C’est drôle d’être jeune quand même.

Crumb, de l’underground à la Genèse

Jusqu’au 19 août, Robert Crumb envahit le musée d’art moderne de la ville de Paris de ses terribles et géniales orgies graphiques. De l’enfance de Crumb, de ses premières lectures à ses plus récents travaux – son interprétation de la Genèse notamment (Denoël Graphic, 2009)- le parcours est chronologique. La scénographie est simple. Dessins encadrés, murs blancs et grands espaces. Mais les dessins sortent des cadres. Ils viennent vous vomir dessus, vous bouffer, vous pénétrer.

L’autofiction/autobiographie dans la bande dessinée s’est d’abord popularisée aux États-Unis et Crumb n’y est pas pour rien ! (En France, il a malheureusement fallu attendre les années 90 pour que ce genre ne soit pas considéré comme de l’auto-égo-perso-graphie). Son imaginaire passionnant, extrême et horrifiant est désormais présent dans les esprits de la plupart bédéphiles comme une référence indiscutable et complètement folle. Mais il faut visiter cette exposition en gardant à l’esprit que le travail de Crumb a été une révolution.

Personne n’avait encore livré de cette manière ses travers sexuels, ses complexes intimes, son égocentrisme et ses tripes dans une bande dessinée. Crumb ne connaît pas la censure ; il dit tout : ses frustrations, son usage de la drogue, ses délires masturbatoires. Et encore aujourd’hui, ses dessins choquent. Mais on ne les oublie pas parce que Robert Crumb ne se contente pas d’étaler toutes les idées les plus tordues sur du papier ; ses dessins racontent une époque avec un regard très cru sur la société et ses personnages reflètent un contexte historique de révolution sexuelle, d’évolution des mœurs qui a marqué plusieurs générations. L’exposition montre son parcours, ses premiers travaux dans sa revue Zap Comix, ses planches, dessinées sous LSD, lui permettant de travailler de manière très spontanée sans même savoir comment ses histoires allaient finir lorsqu’il était en train de les créer. Sont ensuite présentés les grands projets de sa vie (Fritz the cat, ses pochettes de vinyles de jazz, la revue Weirdo etc.) jusqu’à sa propre interprétation de la Bible présenté dans une salle entière couverte de dizaines de cadres et enfin, l’album Parle moi d’Amour dessiné avec sa femme Aline.




Le catalogue d’exposition coute 30 euros et les vaut largement ! Des pages de carnets de croquis, des témoignages, une chronologie etc. Avec un bonus génial : la couverture-poster.


Bref, si vous avez envie de voir de la sueur, des poil, de l’amour, du sexe, du bonheur, des nibards, de la drogue et de la folie, courrez-y.

Bonus 1 ! Aline et Robert expliquent leur manière de dessiner ensemble

 

Bonus 2 ! Une fan de l’époque – qui souhaite garder son nom anonyme parce qu’aujourd’hui c’est une dame sérieuse avec des responsabilités et tout 😉 – témoigne :

 

Musée d’Art Moderne de Paris du 13 Avril au 19 Août 2012,
10h-18h, nocturne jeudi jusqu’à 22h, fermé le lundi

A ne pas louper aussi : l’expo de Spiegelman que j’avais vue à Angoulême a migré à Beaubourg. Mais dépêchez-vous, ça restera moins longtemps !

Centre Pompidou du 21 mars au 21 mai
12h-22h, entrée rue Beaubourg

PS : la prochaine fois j’aurai un vrai appareil photo…

Le Thabor

À Rennes il y a un jardin très sympa et accueillant, le jardin du Thabor. “Tiens il fait beau, si on allait pique-niquer au Thabor” est une phrase que l’on entend dans beaucoup de bouches dès le mois d’avril. Alors comme tout Rennais branché trop cool qui se respecte, on prend son petit panier sac-à-dos, un grand drap, on dépose son vélo Star (non Bertrand Delanoë, tu n’as rien inventé !) sur une borne de la place Hoche, on achète une bouteille de Coca au super U (ou un jus au bar à smoothie si on est vraiment trop hipe), un sandwich à la boulangerie Hoche, un cookie plein de beurre à la mode bretonne à la boulangerie Saint-Michel puis on cherche un endroit tranquille.

Malheureusement, le jardin du Thabor est effectivement très sympa mais surtout pour les pigeons.

Et heureusement il y a des endroits bien plus pénards que le Thabor mais ça, peu de gens le savent.